Intérim :
Des cadres à la carte


On savait pour les manutentionnaires et les ouvriers du bâtiment. Désormais les cadres aussi se font intérimaires. Le travail temporaire s’ouvre aux hautes responsabilités. Bon à savoir, à l’heure où les cadres sont de plus en plus convoités, et de plus en plus rares…

C'est maintenant que les entreprises ont besoin de cadres car c’est maintenant qu’elles doivent se développer ". Nadine Gorlier, directrice d’Adecco Tertiaire évoque l’optimisme de la conjoncture. Condition essentielle de la croissance, les cadres sont les premiers à en bénéficier. Au mois de juin, au cours d’une rencontre, l’APEC s’interrogeait déjà sur le problème de l’accélération de la création d’emploi cadres en 1999 : comment les recruter, et les garder ? L’intérim tend à être une solution alternative à cette problématique. Pour Thierry Gomez, directeur de Manpower Cadre, " l’avenir du travail temporaire se dessine sur des qualifications high-tech, des qualifications d’expert ". Le marché des cadres intérimaires est en pleine expansion : s’il ne représente que 2 % de la profession, il enregistre des progressions de l’ordre de 100 % chaque année. La cause ? Il correspond à une réelle demande des entreprises.

Un intérêt réciproque

" Le plus grand avantage de ce type de recrutement est sa souplesse : on est libre de décider de la mission, de sa durée, et de son issue ". Guy Waternaux, DRH de la société Hygiène Diffusion, recourt fréquemment à l’intérim, en particulier pour trouver des cadres chargés de développement export. À l’image de ce poste, il existe des dizaines d’étapes indispensables au développement d’une entreprise, qui ne nécessitent pas le recrutement d’un cadre en permanence. Contrôle de gestion, service logistique, certification qualité… autant de missions que peuvent accomplir des intervenants externes sans avoir besoin d’un CDI. Des avantages qui attirent aussi les cadres. " Il y a le jeune diplômé à BAC+5 qui y voit l’occasion de tester le terrain avant de s’engager, et le cadre expérimenté qui y conserve son indépendance ", explique Nadine Gorlier. D’autres collaborateurs comme Jean-Louis Lagier, chef de projet et technicien micro-informatique, trouvent aussi en l’intérim " une solution idéale pour trouver du travail facilement à l’approche de la retraite ". La mission de travail temporaire permet à chacun de trouver son compte : du travail pour les uns, des compétences pour les autres.

De la méthode

Entre les deux, il y a l’agence intérimaire. Sa mission est de mettre en adéquation les attentes de l’entreprise et du candidat. De l’étude du cahier des charges, au suivi de l’employé au sein de sa mission, elle prend tout en charge. Toutefois, cela ne se résume pas à une délégation pure et simple du recrutement. Il est nécessaire que l’entreprise participe à toutes les étapes : " cela nous permet d’être certains des qualités que l’on recherche et du candidat qui nous convient le mieux ", explique Guy Waternaux. La plupart du temps, l’entreprise s’adresse à une agence intérimaire avec une idée précise de ce qu’elle désire. Mais un conseil : ne refusez pas de redéfinir avec elle vos besoins, vos attentes, et votre objectif. Il s’agit d’une condition essentielle pour ne pas perdre de temps dans une recherche trop floue, et sûrement inadaptée. L’agence de travail temporaire doit avoir entre les mains la description précise du cadre : c’est à partir de ces exigences qu’elle va sélectionner les candidats potentiels. Seuls les plus en adéquation seront retenus et présentés à l’entreprise, à qui appartient la décision finale. Déterminer le profil du poste est probablement l’élément qui concourt le plus à la réussite de la mission. Les besoins techniques en termes de formation, d’expérience et de connaissance, s’identifient et se trouvent facilement. Des tests de compétences (linguistiques, informatiques…) suffisent à les identifier durant l’audition du candidat.

La personnalité passée au crible

Mais d’après Thierry Gomez, " le plus important est de savoir ce que l’interlocuteur recherche en terme personnel ". Nadine Gorlier confirme : " le côté leader, savoir manager, diriger une équipe, sont des atouts qui font la différence, surtout auprès des cadres ". Pour détecter toutes ces qualités, les différentes étapes du recrutement sont optimisées. Un simple curriculum vitae apporte beaucoup d’informations. Exemple : entre JE FAIS du sport, et J’AI FAIT du sport, c’est le dynamisme du cadre qui est remis en question. Par la suite, les entretiens individuels confirment, ou nuancent, le comportement. Afin de le définir précisément, Manpower Cadres s’est équipé d’un progiciel de détection de la personnalité baptisé le D5D. Il s’agit d’un questionnaire permettant de décrire plusieurs traits de caractères : la stabilité émotionnelle, l’ouverture, le degré de conscience … Les réponses obtenues par l’entreprise sont systématiquement comparées sous forme graphique à celles du candidat : les courbes les plus proches traduisent l’adéquation entre le cadre et l’entreprise. Du début de l’expertise, à cette étape finale du recrutement, toute la procédure peut se limiter à quelques semaines, voire quelques jours. "Dans le cas d’un remplacement inopiné ou de la détection d’un nouveau marché, cette extrême réactivité est un avantage certain ", explique Guy Waternaux. Un avis partagé par Nadine Gorlier : " l’intérim se doit de mettre tous les moyens en œuvre pour recruter juste à temps, avec le savoir-faire d’une entreprise qui ne fait que ça ".


Le contrat de travail
l n’y a pas un mais deux contrats.

Le premier
, de travail, est signé entre le cadre et l’agence de travail temporaire. Le second est passé entre cette dernière, et l’entreprise : il s’agit d’un contrat de prestation de service. Une mission intérimaire est donc caractérisée par une relation tripartite, gérée par l’agence intérimaire. C’est à elle d’assurer toutes les garanties du bon déroulement de la mission (sécurité, conditions de travail…). Par contre, sur le terrain, elle n’a aucune compétence quant à l’organisation et l’accomplissement du travail.

Le salaire est librement déterminé par l’entreprise avec une contrainte : l’obligation légale de donner une rémunération équivalente à un cadre permanent occupant la même fonction. À cette base fixe, se rajoute une indemnité de congés payés (10 % du total brut), et une indemnité de fin de mission du même montant. Le collaborateur reste cependant un salarié intérimaire. L’entreprise verse une prestation à l’agence de travail temporaire, qui le redistribue ensuite au cadre.

La durée du contrat est limitée par la loi à 18 mois, renouvellement compris. Des dispositions exceptionnelles permettent d’aller jusqu’à deux ans, mais la durée moyenne d’une mission ne dépasse pas les cinq mois.

Tout dépend des intentions de l’employeur à la fin de la mission. Si, satisfait du cadre intérimaire, il désire le garder, une proposition de CDI est toujours possible. " Dans ce cas, la mission n’aura été ni plus ni moins qu’une période d’essai ", avoue le directeur de l’agence Manpower cadres. Autrement, le temps fixé à la signature du contrat représente tout simplement le délai de réalisation. L’agence de travail temporaire a alors la responsabilité d’avoir techniquement pré-identifié les possibilités de nouvelles missions pour le candidat.

En cas de litiges durant la mission, le contrat peut être interrompu avec toutes les clauses liées au droit du travail. Une rupture volontaire d’une des parties est sanctionnée par des pénalités, comme la suppression des indemnités de fin de mission pour le collaborateur cadre. Une rupture pour faute grave risque les mêmes poursuites judiciaires que tout autre contrat : dans la forme, le contrat en intérim n’est pas plus qu’un CDD.